Guide de voyage >Réservation d'hôtels  >de Voitures >de Billets d'avions > Circuits > Séjours

     Madagascar  Accueil   
                                                                  
                                                                               

Antananarivo| Tuléar | Morondava | Tamatave | Nosy be |Sainte Marie |Diego Suarez | Antsirabe | Sambava | |Manakara | Fianarantsoa | MajungaAntalaha |Fort dauphin |

 

Les premiers manuscrits

    L'écriture a été connue depuis fort longtemps par l'ancienne société malgache.Les Antaimoro, installés sur la côte sud-est, notaient en caractères arabes des textes de langue malgache, sur des manuscrits d'écorce appelés sorabe (c'est-à-dire " la grande écriture "). Relativement nombreux et ayant attiré le zèle des chercheurs depuis le siècle dernier, ces sorabe ne conservent pas à proprement parler de textes littéraires : ils ont servi à transcrire des prières, des formules magiques, des généalogies, plus rarement des chroniques des événements anciens.

    Au début du XIXe siècle, le roi Radama Ier, qui a appris à lire et à écrire le français avec le sergent Robin , fait mettre au point un alphabet en caractères latins pour écrire la langue malgache. Les transformations économiques et sociales, l'apparition d'un État centralisé affirmant sa vocation à unifier politiquement l'île entière rendaient indispensable l'adoption d'une technique permettant de recenser, de compter, d'archiver les hommes et les biens.Mais les missionnaires protestants britanniques, qui furent les principaux artisans de l'élaboration d'un alphabet malgache, y virent surtout le moyen d'aider à la pénétration du christianisme dans la Grande Île.

    Le principe de transcription retenu, excellent puisqu'il est encore à la base de l'écriture du malgache, était qu'à chaque son de la langue devait correspondre un seul signe graphique.Dès que ces outils linguistiques eurent été forgés et l'imprimerie installée (en 1828), les premiers textes malgaches édités furent, bien évidemment, des traductions bibliques.Cette Bible malgache (une première édition paraît dès 1835) imposa le modèle d'une langue écrite et d'un style noble.Les premières tentatives littéraires écrites en malgache devaient nécessairement s'y conformer : ce sont, par exemple, des poèmes d'inspiration religieuse, qui continuent d'utiliser certains procédés de la tradition orale (parallélismes, jeux de proverbes, etc.), mais qui leur surimposent la pratique de la rime, que l'ancienne poésie malgache négligeait et dont les cantiques ont révélé les charmes aux fidèles des offices chrétiens.

    Mais avant ces expériences littéraires, destinées à être diffusées par l'imprimerie, l'écriture avait permis de noter et conserver, pour des usages privés ou limités, des témoignages irremplaçables sur l'ancienne civilisation malgache.C'est ainsi qu'il semble bien que le testament d'Andrianamponimerina ait été l'un des tout premiers textes transcrits à l'aide de l'écriture nouvellement mise au point (parallèlement à sa conservation par la mémoire des traditionnistes).Les manuscrits malgaches du XIXe siècle, relativement nombreux (mais beaucoup ont été détruits au moment de la conquête coloniale française), conservent des discours royaux, des traditions propres à une famille ( bokim-pianakaviana ou cahiers de famille), des généalogies, des comptes rendus d'événements et de voyages importants. La reine Ranavalona Ire, se soucia de faire noter l'histoire des ancêtres : elle convoqua à cet effet de savants vieillards, et l'un d'entre eux, Rabetrano, dicta ou rédigea en 1844 un manuscrit contenant des listes généalogiques qui firent autorité.Des familiers de la reine transcrivirent aussi des hain tenyqui ont été retrouvés et édités par Bakoly Domenichini-Ramiaramanana ( Hainteny d'autrefois,1968).

    L'un des ensembles de manuscrits les plus remarquables est celui dit de l' ombiasy de la reine Ranavalona Ire, attribué à l'un des " devins " de la cour royale : il a été utilisé par de nombreux historiens et ethnographes, notamment par A. Grandidier. Le ministre Rainandria-mampandry, farouche opposant à la conquête française, fusillé sur ordre de Galliéni, avait compilé une Histoire de Madagascar, demeurée manuscrite ; son ouvrage sur les mœurs et coutumes malgaches, Tantara sy Fomban-drazana, édité en 1896 à Tananarive, est l'un des premiers livres publiés par un auteur malgache.

    Jean-Pierre Domenichini a récemment retrouvé dans les archives des missions norvégiennes et édité, sous le titre Les Dieux au service des rois(1985), un manuscrit rassemblé par les soins du pasteur norvégien Lars Vig, à la fin du XIXe siècle, sans doute rédigé par des mpitantara ou traditionnistes et traitant de l'ancienne religion des Malgaches.

    De ces manuscrits, dont le corpus s'augmente au fil des découvertes dans les archives, il convient sans doute de rapprocher l'œuvre de Raombana, l'un des jeunes gens envoyés par Radama Ier en Angleterre pour s'y former aux techniques européennes.De retour à Madagascar, il rédigea en anglais, en 1853-1854, un long texte ( Histoires, Annales et Journal,comme son éditeur, Simon Ayache, propose de l'intituler), resté lui aussi inédit jusqu'à récemment et fort curieux par l'esprit critique que son auteur manifeste souvent par rapport à la tradition.

Naissance d'une littérature moderne


 Naissance de la littérature malgache

    C'est l'existence d'une presse en malgache, ancienne et nombreuse, qui a permis à la littérature malgache moderne de se développer.Le premier périodique, Teny soa(" la Bonne Parole "), qui, comme son nom l'indique, se consacrait à l'édification des chrétiens, commence à paraître en 1866 (il durera jusqu'en 1952). Cette publication de la London Missionary Society fait vite des émules : Ny Mpamangy (" Le Visiteur "), Mpanolotsaina (" Le Conseiller "), Ny Resaka (" Conversations "), lancé par les catholiques pour répondre au succès des publications des missions protestantes. À la fin de la monarchie merina, il existe une dizaine de périodiques publiés à Antananarivo, dont les tirages ne sont pas négligeables ( Teny soa est passé de 400 exemplaires à ses débuts à 3 000 en 1875 ; Mpanolotsaina tire à 700 exemplaires en 1877 et à 2 200 en 1889). Cette presse est évidemment contrôlée de très près par le pouvoir politique.Elle se cantonne dans le domaine religieux et culturel, apportant par exemple des informations sur les pays européens.

    La colonisation soumet la presse à un régime juridique contraignant.La publication d'un journal en langue malgache est soumise à l'autorisation préalable du Gouverneur Général ; seuls les citoyens français peuvent prétendre à une telle autorisation ; la censure préalable est de règle (tout article doit être déposé au moins 48 heures avant sa parution).La bataille pour la liberté de la presse a donc été un des grands thèmes des combats nationalistes malgaches.Celle-ci fut obtenue avec l'arrivée au pouvoir en France du Front Populaire (1936).Les événements de 1947 entraînèrent à nouveau une mise en tutelle de la presse, des saisies et des suspensions de parution.

    Le catalogue Périodiques malgaches (1970) de la Bibliothèque Nationale de Paris permet de mesurer l'ampleur de la production de périodiques à Madagascar.

    Dès la fin du siècle passé les journaux prennent l'habitude de publier des poèmes et des textes littéraires en prose (contes, fables, nouvelles, etc.).Un public naturel est ainsi offert aux écrivains de langue malgache et les progrès de la scolarisation augmentent régulièrement le nombre des lecteurs potentiels.Les contraintes pesant sur la presse, limitant l'expression directe de prises de position politique, ont conduit les intellectuels malgaches à dissimuler leur éventuel engagement sous l'apparence de textes purement littéraires.

    Certains poètes acquirent vite une renommée nationale.Ainsi Ny Avana Ramanantoanina.Impliqué dans l'affaire de la V.V.S. et accusé de comploter contre la colonisation française, celui-ci fut déporté à Mayotte en 1916.Dans cet exil, il écrivit des complaintes douloureuses dans lesquelles plusieurs générations de lecteurs malgaches, victimes de la colonisation et désespérant de voir le jour de la libération, reconnurent leur propre nostalgie.

    Jean Narivony, instituteur de son état, composa des poèmes d'inspiration volontiers pastorale ou lyrique et il donna en 1926, en collaboration avec son oncle Rodlish, une anthologie de la poésie malgache, Amboara voafantina.

    Dans l'entre-deux-guerres, les poètes, qui sont nombreux et qui se parent souvent de pseudonymes romantiques, se regroupent en chapelles et forment des cénacles d'admiration mutuelle.Jean-Joseph Rabearivelo lance dans la presse un débat sur la situation de la littérature malgache moderne et sur le rôle enrichissant que devrait y jouer la traduction ou l'imitation des littératures étrangères.

    Dox (pseudonyme de Jean Verdi Salomon Razakandrainy) s'est trouvé accordé, par son lyrisme élégiaque et ironique, à la sensibilité de la jeunesse des années 1960 et 1970 : ses chansons, ses poèmes, ses pièces de théâtre (sur des sujets originaux ou bien traductions des chefs-d'œuvre de Corneille et Racine) lui ont valu un succès durable.

    Mais ce qui fait la popularité rapide des poètes malgaches - l'engouement pour des poèmes lus dans le journal - se retourne contre eux.Leurs textes ont rarement eu la chance d'être recueillis en volumes.Ils sont restés dans les collections de vieux journaux, destinés à s'enfoncer dans le sommeil des bibliothèques, où personne ne sait plus les retrouver.Une grande partie de la littérature malgache dort encore dans ces archives à explorer.

    Quant à la prose, elle s'est développée surtout sous forme de fascicules imprimés sur du papier journal, vendus à prix modique sur les marchés, pour toucher le plus large public.Littérature populaire donc, diffusant les calendriers astrologiques, les clés des songes ou les modèles de discours (le pasteur Rasamuel s'était fait une spécialité de rassembler par thèmes, dans les cinq volumes des Fitenin-drazana,les expressions et les proverbes qui forment les matériaux de base de tout beau discours).

    Cette littérature offre aussi l'évasion romanesque du rêve sentimental ou du surnaturel, tout en restant dans les paysages et la réalité sociale de Madagascar (ou des îles voisines).La publication en fascicules hebdomadaires permet de retrouver le halètement du roman-feuilleton.Les romans populaires s'avouent comme le genre par excellence de l'idéologie : les lecteurs malgaches y retrouvent les problèmes que leur posent les mutations de leur société.À côté de l'exaltation des vertus ancestrales, les romanciers s'interrogent sur l'évolution des mœurs : comment accepter les mésalliances ?que penser de la sorcellerie ?comment vivre dans le monde moderne ?Le succès des romans populaires ne s'est pas démenti, et il en paraît toujours de nouveaux.

    Dès 1933, un Comité des belles-lettres malgaches avait couronné par un " prix du roman " un ouvrage plus ambitieux, Bina, écrit par un instituteur, A. Rajaonarivelo, que les hasards de sa carrière avait envoyé en poste sur la côte sud-est de l'île. Ce roman exprimait la forte impression produite par la découverte d'une population mal connue et de ses mœurs fières et indépendantes.Aujourd'hui, les romans de Clarisse Ratsifandrihamanana et d'Andriamalala connaissent un réel succès public.

 

Vous pouvez proposez différents textes d'auteurs malgaches, ou des textes concernant Madagascar

Nous avons choisi de vous présenter  quelques pages :

un  livre de Michèle Rakotoson : "Lalana"

"La pensée est fugitive. Naivo se lève d’un bond, oubliant le vide qu’il a au fond de l’estomac, la fatigue terrible qui s’est abattue sur lui comme s'il avait eu a soulever des tonnes et des tonnes de pierres, qui su sont évanouies d'un seul coup. Il s'était préparé à des efforts considérables, et le temps s'est évanoui, le laissant hagard et face à une envie d'en découdre qui n'a plus lieu d'être, face aussi a Rivo dont il ne sait quoi faire, après toutes les promesses qu'il n'a pu tenir. Reste la dernière : aller à la mer, malgré la sensation de vide incom­mensurable. Et une autre sensation, encore plus pénible: celle d'être dédoublé. Car il y a le Naivo efficace, celui qui prend toujours les bonnes résolutions, qui s'est levé, qui court vers Rivo, et l'autre Naivo, qui regarde son double courir, comme si cela ne le concernait pas, comme s'il était spectateur de lui­ même, hanté qu'il est par les mots qui, en lui, reviennent à l'obsession:

« Et maintenant, mon âme s'épanche en mon sein, Les jours de la souffrance m'ont saisi.

La nuit me perce et m'arrache les os,

La douleur qui me ronge ne se donne aucun repos. Par la violence du mal, mon vêtement perd sa forme, Il se colle à mon corps comme une tunique.

Dieu m'a jeté dans la boue,

Et je ressemble à la poussière et à la cendre. »

Elle est là, son incapacité profonde à vivre, à être heureux. Il y a les causes objectives, l'absence d'avenir, le chômage, la récession économique, la colline où souffle l'esprit, mais il y a aussi la blessure profonde, la douleur qui ronge et ne donne aucun repos, cette image d'un soi mutilé, laid, cette image de poussière et de cendre, cette image de vaincu. Il le sait, Naivo, au fond de lui, que c'est cette blessure-là qui fait le plus mal, se faire renvoyer tout le temps à la figure l'image d'une généra­tion perdue, fichue, portrait véhiculé à force de média, de jour­naux, de discours, de sermons, et internationalisé: on les voit foutus, on les dit foutus et ils se sentent foutus. Jeunes gens pauvres du Tiers-Monde ? ou pauvres jeunes gens du Tiers­Monde ? Seuls les rebelles s'en sortent, et encore, les rebelles qui ont papa ou maman qui les tiennent à bout de bras.

 

Au bord du fleuve, Rivo s'arrache péniblement à la terre. Il essaie de se relever, statue vacillante de glaise, poitrine arra­chée à la terre, pieds et jambes soudés au limon.

- Rivo !

Naivo croit le voir détourner la tête, mais ce n'est qu'une illusion. Rivo est trop loin, hors d'atteinte de sa voix. Il lui faut descendre très vite, rejoindre son ami, courir, sauver Rivo, ne pas le laisser s'engluer.

Il retourne vers la voiture récupérer la couverture. Rivo doit avoir froid, recouvert de vase comme il l'est. Il faut lui enlever ses vêtements, le recouvrir d'autre chose, qu'il ait chaud, qu'il ne sente plus la gadoue et la misère, qu'il soit propre, net, qu'il sente l'eau, l'air, le soleil.

II va courir vers la rivière quand il voit un oiseau noir tour­noyer lentement dans le ciel. C'est un aigle, un voromahery, un des derniers aigles restant dans la région, un de ceux qui ont échappé aux feux de brousse et à l'avancée de la ville, un aigle miraculé, isolé, seul. Il tournoie lentement dans le ciel, au-dessus de la rivière Iadiana, en une valse splendide. Il doit être à la recherche de souris ou autres petits rongeurs ou il effectue sa danse d'amour à la recherche d'une compagne. Naivo s'est arrêté, fasciné. L'oiseau danse dans les airs, en silence, et dérive dans une espèce de tranquillité qui nimbe maintenant tout l'horizon. Les pèlerins ont disparu, les cri­quets aussi. Il fait beau, chaud, il y a du soleil, et le paysage étincelle littéralement, couleurs vives, réverbération écla­tante. Un instant Naivo oublie Rivo. L'oiseau tourne, et Naivo croit entendre une musique en lui. Machinalement, il se drape dans la couverture et commence à marcher lentement, suivant le rythme de l'aigle. C'est un rythme obsédant dans sa lenteur, sa pesanteur. I1 en est presque à tourner sur lui­même, happé par le vol de l'oiseau, quand il entend un cri. C'est Rivo qui semble figé sur place, la tête baissée, un bras passé sur elle. Naivo l'entend appeler de nouveau, la voix angoissée:

- Naivo ! L'oiseau, l'oiseau, Naivo... crie-t-il."  

 

Extraits de "Chez les Hova", 

Jean CAROL

  "L’un des tableaux les plus suggestifs de la vie a Tananarive se présente le matin, au lever du soleil. Les rues en pente sont sillonnées de jeunes coureuses qui sveltes, le pied sur, coiffées a la hâte, le lamba serre jusqu’aux yeux, regagnent le logis familial. En se croisant, elles échangent des sourires, ou plutôt des coups d’ oeil, s’interpellent, se donnent des rendez-vous pour la journée, soit a l’église, soit chez leurs parents, ou bien encore a la prairie de Mahamasina, qui est un lieu de promenade. La elles se retrouveront, pour cheminer en devisant par groupes de deux ou trois, fières, sérieuses avec de temps a autre , une fusée de rire qui  jaillit de leurs belles dents. Elles auront arbore la robe d’étoffe claire dont la queue arrondie ajoute une grâce a leur marche traînante, endosse le dernier lamba  de soie légère ou de satinette que le marchand indien de la rue d’Andzouma ler a vendu. Elles tiendront leur bras droit relève, la main seule hors de la draperie, tous les doigts replies sauf l’auriculaire, qui se dresse, l’autre bras se moulant sous les plis nombreux du tissu. Et elles se seront enveloppées avec tant d’art dans ce vêtement simple, elles auront si bien colle ces mille plis a leurs formes naturellement élégantes qu’on croira voir un défile de vivantes Tanagriennes.
Certes pour la grâce, le lamba vaut bien le peplos, surtout avec la façon dont les femmes Houves savent le porter, et ce serait un malheur artistique si jamais elles s’avisaient de renoncer a cet élément essentiel du costume national. Le jour ou elles lui substitueraient la confection européenne, c’est que leur goût serait devenu aussi dépravé que leurs moeurs."

 

Jean Paulhan,     "Le repas et l'amour en Imerina, 

Éditions Fata Morgana, 1970

Éditeur Bruno Roy

Le texte de Jean Paulhan  a été écrit pendant le séjour malgache de Jean Paulhan, et terminé en juin 1909

"C’est que l’essentiel quand on prend une femme, c’est d’avoir des enfants. L’on choisira plus volontiers une femme qui a déjà eu des garçons et des filles, puisqu’on la sait capable d’être une bonne épouse. Mais une fille qui n’a pas encore eu d’enfants trouve difficilement a se marier et si on la prend, c’est seulement a l’essai. Les missionnaires qui vinrent les premiers a Madagascar furent surpris de ne trouver dans la langue du pays aucun mot qui signifie vierge. L’idée n’existait pas. Elle parut étrange aux Merinas, et d’ailleurs difficile a préciser. Mais les missionnaires n’hésitèrent pas a créer un mot calque du francais, virijiny. Et le mot a maintenant pris pour les Merinas un sens trouble et  vaguement inconvenant – peut-être une sorte de maladie. Une fillette de six ans a qui l’on demande si elle est vierge parait offensée et répond que non.
Et la grivoiserie aimable, comme la comprennent les Européens, est aussi une chose inconnue des Merinas. Les actes de l’amour sont tellement naturels et simples qu’il n’y a pas a se cacher pour en parler. Les enfants racontent l’accouchement de leur mère, ou la manière dont elle a passe la nuit avec un  nouveau mari, sans que personne y trouve a sourire.
Si l’amour actif, qui veut la personne choisie, n’existe guère chez les Merinas, il y a du moins une sorte d’amour, fait de regrets, quand l’homme et la femme qui ont longtemps vécu ensemble se séparent. Il est pareil au remords de deux amis qui se quittent, avec, en plus, la tristesse de toutes les habitudes intimes rompues. Mais, la aussi, le chagrin parait court :”Vous regrettez votre amie, dit un proverbe. Mais faites comme le Zébu; il mugit de tristesse et en même temps, il mange de l’herbe. Il ne se contente pas d’être malheureux.” Et manger de l’herbe cela signifie ne pas manquer a la vie véritable, a la vie des repas – et peut-être aussi prendre une autre femme.
Car, souvent, la femme est comparée a un repas ou a un mets :"L’amour de l’épouse est pareil au riz rouge, et l’amour des autres femmes au riz blanc”. Le riz rouge est une variété de riz petite et dure. “Garde ta femme, dit un autre proverbe, et ne va pas chercher du riz ailleurs”. Mais cette manière de parler est seulement pour flatter les femmes." "

 

Un grand poète nommé "Dox"
 Publié le : lundi 13 janvier 2003 par la Tribune de Madagascar

 13 janvier 1913-13 janvier 2003. Il y a 90 ans aujourd'hui, est né Jean Verdi Salomon Razakandraina plus connu sous le nom d'artiste "DOX". Qui est cet homme, méconnu de la génération malgache, que nous avons eu le privilège de côtoyer de près ?

 * Multi-artiste
 Jean Verdi Salomon Razakandraina est né le 13 janvier 1913 à Manakavaly, où son père, le docteur Samuel Salomon exerçait. Très jeune, il voulait déjà devenir peintre, musicien ou poète. En 1931, s'inscrivit à l'Ecole des Beaux Arts pour y apprendre à dessiner et à peindre, avant de s'inscrire au Collège Paul Minault sis à Ambohijatovo avaratra.
La méthode dans cette école consistait surtout à laisser les élèves acquérir librement leurs connaissances par la lecture. Des débats s'ensuivaient ensuite sous la direction de leurs professeurs. C'est ainsi que le jeune Jean Verdi, alors que son père aurait voulu le préparer à la carrière de médecin, se nourrit surtout de la lecture des œuvres des grands écrivains du passé. Il fit ainsi la découverte des auteurs français dont ses préférés furent Victor Hugo, Alfred de Musset, Baudelaire, Albert Samain.
 * Journaux
 Les activités du collège Paul Minault comprenaient aussi la tenue d'un journal manuscrit par les élèves et des séances récréatives hebdomadaires pendant lesquelles ils démontraient leurs talents artistiques dans la musique, le théâtre ou la poésie. On interprétait des scènes de théâtre, on lisait des textes de la littérature malgache et étrangère ou on déclamait des poèmes. Souvent, c'était l'occasion pour les élèves de montrer leurs propres œuvres. C'est là que Jean Verdi put faire écouter et publier ses premiers poèmes et reçut de ses camarades le pseudonyme de "DOX" qu'il garda toute sa vie. Sa première expérience dans la vie artistique fut de fonder une troupe de théâtre qu'il conduisit à Tamatave pour y donner des représentations. Ceci déplut à ses parents et il dut y renoncer. Il commença cependant à se faire connaître par la publication de ses poèmes dans plusieurs journaux de la capitale ("Fandrosoana vaovao", "Ny Mpandinika", "Ny Tatsinanana", "Ny Kintan'ny Maraina"...) et se rendit à Fianarantsoa pour faire éditer son premier recueil de poésies ("Ny Hirako", 1941).
 * Une période très douloureuse
 Il devint ensuite enseignant dans une école à Antsirabe où il rencontra, parmi ses élèves, celle qui devait devenir son épouse en 1943 : Razanabololona Perle. Le jeune ménage décida de vivre de la terre et alla s'installer dans une ferme à Mandoto. Là, dans cette campagne, en contact direct avec la poésie au milieu de la nature, le poète vécut heureux et ne ressentit plus le besoin d'écrire.  Ce bonheur fut cependant de courte durée car, sa femme étant souffrante, il dut se résoudre à quitter la campagne pour venir vivre dans la capitale où il se trouva un travail d'employé de bureau. La période allant de 1945 à 1954 fut douloureuse pour Dox :

-  Novembre 1945 : décès de son premier enfant.

-  Février 1949 : décès de son troisième enfant.

-  Mars 1949 : décès de son père.

-  1954 : décès de son épouse.
 * Journaliste-compositeur
 Après la mort de celle-ci, il quitta son emploi et se remit à écrire. Il fonda, tour à tour, un joumal ("Sakaizan'ny Mpianatra") puis une imprimerie ("Imprimerie Mazava") qui ne connurent que l'échec. ll décida alors de vivre entièrement de la littérature. Il fut l'un des fondateurs de "l'Union des Poètes et Ecrivains Malgaches" (U.P.E.M.) avec Régis Rajemisa-Raolison, Elie Charles Abraham ou Ener Lalandy. Avec E.D. Andriamalala, Rado et Randja Zanamihoatra il créa aussi une association dénommée "Tsiry". Elle se proposait d'aider et de conseiller les jeunes auteurs. Vivant entièrement de son art, il fut un auteur très productif et en même temps un parolier très demandé, collaborant avec des compositeurs célèbres (Naly Rakotofiringa, Ramaroson Wilson ou Fredy Raoilifahanana) dont les chansons furent interprétées par des chanteurs aussi célèbres que Ossy ou Ludger Andrianjaka. Son amitié avec Fredy Raoilifahanana dura jusqu'à la fin de sa vie. Il était lui-même musicien et fut l'auteur de nombreuses compositions. D'autres compositeurs connus ont mis ses poèmes en musique : Bessa ("Isaky", interprété par le chanteur Solo), Ramaroson Wilson ("Ny Hirako"), le groupe Sorajavona, dirigé par l'un de ses fils, qui a choisi d'utiliser ce premier pseudonyme de Dox formé à partir de ses initiaux (S.R.J.V.N. pour Salomon Razakandraina Jean Verdi Naivo) et signifiant couleurs des nuages.
 * Son oeuvre

-  Poésie : "Ny hirako"(1941), "Hira va ? (1949), "Rakimalala"(1955), "Ny fitiavany" (1957), "Fahatsiarovan-tena" (1958), "Telomiova" (1959), "Folihala" (1968), "Dindona fitia" (1973), "Chants capricorniens" (1975)
-  Rimes en vers : "Izy mirahavavy" (1946), "Solemita" (1949), "Izy mirahalahy" (1958) "Mangidy anefa mamy Iarivo" (1956), "Voninkazon'ny Tanteraka" (1956)
-  Oeuvres de la littérature étrangère réécrits : "Itomanio ry Fireneko" (Cry, the beloved country, d'Alan Paton)

-  Théâtre

-  Oeuvres originales : "Amboninkazo" (1945), "Apokalipsy" (1957), "Amina Batsola" (1958), "Mavo handray Fanjakana" (1958), "Tsimihatsaka ny andron'Andrianampoinimierina", "Savik'ombalahy" (1960), "Ny Ombalahibemaso"(1960), "Andriammihaja" (1961), "Rainandriamampandry", "Estera", "Rasalama Martiora", "Ravahiny Maritiora", "Varavaran'ny Fahazavana", "Ataon-karena inona aho ?", (1962) "Tritriva"...

-  Livres : Oeuvres traduites d'auteurs classiques français. "Ilay Andrianina" ("Le Cid", de Pierre Corneille) "Ny avelon'ny vady lalaina sa ny ain'ny menaky ny aina ?" ("Andromaque", de Jean Racine), "Polyeucte" et "Horace" de Pierre Corneille ; oeuvre de la littérature étrangère récente : "Roméo sy Juliette", de William Shakespeare.
 Le 28 août 1975, Dox devint membre de l'Académie Malgache. Il décéda le 14 juin 1978 à Antananarivo. Il repose dans le caveau familial à Anjanapara, à quelques kilomètres d'Antsirabe.
 * Projet an 90 à consolider
 Dox a légué, comme héritage à ses descendants, une œuvre littéraire très diversifiée composée de nombreux recueils de poésie, de pièces de théâtre et de récits versifiés. Ces héritiers ont ainsi hérité d'une lourde responsabilité car ils ont à gérer un patrimoine qui demeurera à jamais celui de la nation et du peuple malgache. Durant ces 24 ans, depuis que le poète a quitté cette vallée de larmes, finissant crieur de journaux à Antaninarenina, sa famille s'est efforcée de faire connaître ses œuvres au public. Elle a déjà obtenu l'aide et le soutien de gens de bonne volonté. Ces efforts ont permis la publication des "Chants Capricorniens" (Centre Culturel Albert Camus, 1995) et de "Folihala" (BNI-Cl, 1996).
 Les enfants de Dox, ou "Ny Terak'i Dox", ont décidé de marquer le 90ème anniversaire de la naissance du poète par la commémoration de sa vie et de son œuvre, afin de redonner un nouveau souffle aux efforts des gens de bonne volonté pour faire connaître et faire aimer sa littérature, pour que les jeunes écrivains aient un modèle, pour que les descendants futurs aient des repères dans le domaine de la littérature et de la culture, et pour que le peuple malgache soit fier de ses hommes illustres. Le projet étant vaste, les activités et manifestations auront lieu tout au long de l'année 2003, et débuteront, aujourd'hui 13 janvier 2003. Les enfants de Dox remercient à l'avance tous ceux qui pourront collaborer avec eux dans la réalisation de ce projet.
 Coordonnées : "Ny Terak'i Dox", Lot lll J 41 (2ème étage), Andavamamba 101 Antananarivo Tél. 020 22 655 43/032 04 252 99, E-mail : trkdox@netcourrier.com

Jeannot R.
Tribune de madagascar 13/01/03



 

 

   

 

 

Copyright © 2007 Madagascar Accueil